Trouble spécifique des apprentissages du déficit du calcul ©

1, 2, 3, 4… Compter semble si simple ! Mais, pour certain·e·s élèves dès la maternelle, cela n’est pas si évident. Pour les plus grands, ce sont des difficultés à se rappeler les faits numériques, à résoudre des problèmes mathématiques même mono tâche, à additionner deux nombres entre eux, etc… S’agit-il d’un simple retard ou bien d’un véritable trouble cognitif ? La dyscalculie, ou trouble spécifique des apprentissages du déficit du calcul, pourrait bien être en cause. Quelles sont ses particularités ? Existe-t-il un lien entre ce trouble neurodéveloppemental et la psychomotricité ? Finalement, en tant que psychomotricien·ne, êtes-vous à même d’intervenir auprès des enfants dyscalculiques ? La réponse est : oui ! Nous vous expliquons pourquoi et comment à travers 5 questions.

1. Trouble spécifique des apprentissages : qu’est-ce que c’est ?

 

Selon la onzième révision de la classification internationale des maladies (aussi appelée CIM-11), il existe 3 troubles spécifiques des apprentissages :

  • les dyslexies qui sont des troubles spécifiques d’apprentissage de la lecture ;

  • la dysorthographie, trouble spécifique de l’expression écrite ;

  • et les dyscalculies, qui sont des troubles spécifiques du déficit du calcul.

Ces particularités dans les apprentissages font partie d’une catégorie plus large de troubles neurodéveloppementaux (TND): les troubles dys. Ils sont durables du fait qu’ils sont liés, comme leur nom l’indique, à un développement neurologique spécifique. Leur impact est important : ils entraînent des difficultés dans la vie scolaire et quotidienne, parfois sociale, ainsi que, pour les adultes, dans la vie professionnelle.

Enfant à l’école

2. Déficit du calcul ou dyscalculie : de quoi parle-t-on exactement ?

 

Définition selon le DSM-V et prévalence

Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux dans sa 5ème version, ou DSM-V, la dyscalculie concerne l’ensemble des troubles dans les activités numériques (et pas seulement dans le calcul, contrairement à ce que l’on pourrait penser).

Ainsi, l’enfant dyscalculique éprouve une difficulté importante et persistante à comprendre les concepts mathématiques de base. Il présente ainsi :

  • des aptitudes arithmétiques inférieures au niveau attendu pour son âge ;

  • sans trouble de l’intelligence ni manque d’instruction.

Ceci a un impact à long-terme. En effet, qui pourrait passer une vie entière sans manipuler les nombres ? Dans notre société, nous devons sans cesse jongler avec ces derniers : pour calculer le prix des courses, suivre ses dépenses courantes ou, encore, lire l’heure et prévoir un planning… Aussi, impossible de passer à côté de ces compétences mathématiques fondamentales !

Or, la prévalence du déficit de calcul est relativement élevée : elle peut aller de 3 à 12 % selon l’Inserm. D’où l’importance de diagnostiquer suffisamment tôt pour rééduquer et aménager via des outils d’apprentissage adaptés !

Image de Pexels

Critères d’exclusion et d’inclusion pour le diagnostic

Le processus diagnostic s’appuie sur de nombreux outils, ainsi que sur des critères d’inclusion comme d’exclusion, pour nous aider à évaluer le profil de l’enfant.

Parmi les critères d’exclusion (face auxquels le diagnostic d’un trouble dys ne peut être posé), on peut citer les suivants :

  • présence d’une déficience intellectuelle ;

  • déficit visuel ou auditif non corrigé ;

  • traumatisme crânien ou autre désordre neurologique non inné ;

  • trouble psychosocial ;

  • instruction scolaire inadéquate.

Mais il est intéressant de souligner la relativité de certains de ces critères…

À l’inverse, parmi les critères d’inclusion, nous pouvons citer des difficultés liées :

  • au sens du nombre (difficultés à percevoir, comprendre, manipuler les quantités) ;

  • aux données chiffrées (difficultés à compter des objets, lire et écrire des nombres) ;

  • au calcul ;

  • à la résolution de problèmes (difficultés à comprendre, expliquer et se représenter le problème, puis à choisir une opération adéquate pour le résoudre).

Bien sûr, faire le lien entre ces signes d’alerte et la dyscalculie n’est pas toujours évident : les difficultés observées pourraient bien être liées à un trouble développemental de la coordination (dyspraxie) ou à un trouble des fonctions exécutives. Pour être certain·e d’apporter les bons aménagements à l’enfant, bien comprendre le fonctionnement cognitif de l’élève dyscalculique est un premier pas. Mais auprès de qui et comment se renseigner ? 

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3. Quelles sont les causes possibles de ce trouble spécifique de l’apprentissage ?

 

Les études scientifiques actuelles donnent deux explications. Ainsi, ce trouble du calcul peut provenir :

  • d’un trouble cognitif général. Ceci affecte la mémoire de travail, les fonctions exécutives ou encore les capacités visuospatiales, ce qui a un impact sur les capacités mathématiques.

  • d’un trouble cognitif spécifique. Les aires du cerveau liées à la compréhension du nombre sont alors en cause.

Dans tous les cas, il existe une difficulté forte pour passer d’une conception logarithmique innée du nombre à une conception linéaire acquise, qui soit adaptée à notre culture et notre société.

En effet, de manière innée, nous sommes en mesure d’estimer et de comparer des quantités entre elles. Ce n’est qu’à l’école que nous mettons des symboles en face de ces conceptions.

Or, c’est notamment l’acquisition et la manipulation de ces symboles qui va poser problème chez l’élève ayant une dyscalculie.

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4. Trouble spécifique de l’apprentissage du calcul et psychomotricité : existe-t-il un lien ?

 

Heureusement, à l’aide d’outils adéquats, il est possible de compenser ces difficultés de calcul.

Les outils de la psychomotricité, en particulier, sont parfaitement adaptés.

En tant que psychomotricien·ne, vous vous demandez comment cela est possible ?

Peut-être ne vous était-il jamais venu à l’esprit que vous étiez en mesure d’accompagner des enfants et adolescents présentant un déficit du calcul…

Pourtant, notre représentation des quantités est intimement liée à notre représentation de l’espace. Par exemple, dans notre culture occidentale, nous aurions tendance à classer les plus petits nombres sur la gauche et les plus grands sur la droite. Or, le cerveau doit faire appel à des aires cognitives spécifiques pour relier quantité et représentation spatiale, puis pour parvenir à classifier ces nombres selon une logique culturellement construite.

Ainsi, lors de la manipulation des nombres, nous faisons appel à de multiples aires cognitives, dont certaines qui sont également utilisées lors d’exercices de psychomotricité.

En effet, il ne suffit pas de manipuler des chiffres arabes écrits sur un bout de papier, des barres et des croix afin de savoir additionner, soustraire, diviser et multiplier !

Utiliser l’espace 3D permet de déplacer plus facilement des quantités, comme de faire appel à son corps et à ses mouvements pour se représenter les nombres.

C’est cette multimodalité des exercices qui participe à l’encodage et à la compréhension des concepts numériques. Les psychomotriciens possèdent les outils qui permettent de mettre en œuvre cette multimodalité : le tout est de savoir les adapter au cas des élèves dyscalculiques.

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5. Comment les psychomotriciens peuvent-ils intervenir auprès des enfants avec un trouble de la cognition mathématique ?

En tant que psychomotricien·ne, vous avez très certainement à votre disposition des outils divers et variés avec lesquels vous pouvez intervenir.

Tout ce qu’il vous manque, c’est de faire le lien entre ce que vous connaissez déjà et les caractéristiques du trouble spécifique de l’apprentissage du déficit du calcul. Mais, une fois cela fait, vous pourrez accompagner vos patients de manière efficace !

Bien sûr, pour obtenir un projet thérapeutique adapté, il s’agit avant tout de savoir où en est l’enfant. Vous pourrez vous rapprocher pour cela de l’enseignant ainsi que de l’équipe qui a posé le diagnostic, composée d’un orthophoniste et/ou d’un neuropsychologue.

Selon les besoins de l’enfant, vous pourriez alors travailler sur un ou plusieurs aspects comme, par exemple :

  • la rééducation visuospatiale ;

  • la rééducation posturale ;

  • la rééducation de la perception tactile (une bonne motricité manuelle est en effet importante dans l’apprentissage du calcul, les doigts servant de premier outil de calcul) ;

  • etc.

Besoin d’un exemple concret ? Prenez le dénombrement. En sautant d’un cerceau à un autre tout en comptant (1, puis 2, puis 3), l’enfant construit des bases fondamentales pour les mathématiques.

Bref : vous avez déjà tous les outils à votre disposition pour accompagner ces enfants. Tout ce qu’il vous manque, c’est de savoir de quelle manière les utiliser.

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sous la direction de Virginie Klamm ©

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Dyscalculie + Matériel Montessori et autres 

Virginie KLAMM

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Genève ( Bernex) - Vevey - Neuchâtel

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